Vendredi 24 juin
Monsieur de Saint-George, le Nègre des Lumières
Conférence d'Alain Guédé
Avec quelques moments musicaux composés par le chevalier de Saint-George
Château de Voltaire, 18h30, entrée libre

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Saint-George
Fils d’une esclave d’origine sénégalaise et d’un planteur noble, Saint-George est né en Guadeloupe en 1739. Il a un peu moins de 10 ans lorsque son père, Guillaume-Pierre Tavernier de Boullongne, rentre en France avec ce jeune mulâtre et sa mère et décide d’accorder à son fils l’éducation qui était réservée traditionnellement aux enfants de la haute aristocratie.
Saint-George s’impose très vite comme l’escrimeur le plus fameux de Paris puis devient "champion" - à l’époque on employait le terme "dieu" - de France d’escrime. Mais il est surtout, un violoniste prodigieux et un chef d’orchestre admiré qui hisse sa formation au rang de meilleur orchestre européen. Mozart le jalouse mais s’inspire de ses oeuvres.
Il devient vite le professeur de musique et l’un des compositeurs favoris de la reine Marie-Antoinette qui assiste à nombre de ses concerts et c’est lui qui commande à Haydn ses 6 symphonies parisiennes dont il dirige la création au palais des Tuileries en présence de la souveraine. Celle-ci décide de le nommer directeur de l’Académie royale de musique et de Opéra royal, un poste qui avait été créé pour Lulli et donnait autorité à son titulaire sur tous les concerts organisés en France.
Cette décision de Marie-Antoinette déclenche alors une violente polémique d’ordre raciste, de nombreuses personnalités rejetant l’idée qu’un homme à la peau noire puisse diriger le plus prestigieux opéra du monde et avoir un droit de regard sur les créations. La Reine doit finalement renoncer.
Cet échec inspire à Saint-George une prise de conscience : il s’engage dès lors dans le mouvement des Lumières, fréquente les salons philosophiques et la société des Amis des Noirs au coté de Condorcet, et devient l’intime d’un homme de progrès, le Duc d’Orléans qui en fait le 1er franc-maçon à la peau noire. Saint-George accompagne souvent celui qui restera célèbre sous le surnom de Philippe Egalité à Londres. Il y devient l’ami intime du Prince de Galles. A Londres, Saint-George va structurer cette intelligentsia française vivant sur les bords de la Tamise afin qu’elle soutienne la Révolution.
Au début de 1790, il rentre en France, s’engage dans la Garde nationale, puis va créer un régiment de noirs et métis tous engagés pour défendre la Patrie en danger. Il est le 1er colonel de l’armée française à la peau noire. Le 13e régiment de hussards sera rapidement surnommé la "Légion de Saint-George" par la Convention. Son lieutenant n’est autre que le futur général Dumas (d’origine haïtienne), père du romancier. Saint-George sauvera la République en arrêtant, dans Lille, l’armée que Dumouriez fait marcher sur Paris afin de rétablir la monarchie après l’exécution de Louis XVI.
Emprisonné sous la Terreur en tant que proche du duc d’Orléans, il reste 11 mois dans le couloir de la mort. Puis, après s’être déplacé en Haïti pour aider Toussaint-Louverture, il reprend ses activités musicales, redevenant le chef d’orchestre adulé qu’il avait été avant la Révolution. Il est fauché par la maladie en pleine gloire en juin 1799. Une 2e mort frappera son oeuvre 3 ans après : après le rétablissement de l’esclavage en 1802, ses pièces cesseront d’être jouées.
(Extrait de www.hiram.be/)
Alain Guédé
Alain Guédé, journaliste au Canard enchaîné, a rencontré Saint-George au hasard d’une programmation musicale. Son oreille lui disait Mozart, c’était Saint-George en réalité qu’il écoutait (est-il vraiment possible de les confondre ?). Plutôt curieux, il se renseigne : quelques citations dans des traités d’escrime, une mention comme chef des Concerts de la Loge Olympique. Parfois appelé "Watteau de la musique", il a été l’intermédiaire du Comte d’Ogny lorsque celui-ci passa commande de 6 Symphonies à Haydn ! Mais il fut aussi le premier franc-maçon noir en France, le fondateur du premier régiment composé de noirs et de métis, la Légion Saint-George, etc. Pourquoi est-il alors tombé dans l’oubli ? Guédé parle d’un naufragé de l’Histoire.
